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24 - أكتوير - 2017

 Dr Az-Eddine Nozhi:

Introduction

Les correspondances entre l’écriture et l’art ne datent pas d’hier, et la fameuse formule d’Horace : Ut pictura poesis, en est témoin, si vraiment besoin est ! L’histoire littéraire retiendra sans doute de beaux romans, ainsi que de merveilleux poèmes qui ont rendu un hommage, mérité certes, à plusieurs peintres, notamment du XIXème siècle. Nous n’avons l’intention ni de répertorier ces fresques narratives ni d’en rendre compte, notre objectif est de souligner le rapport étroit entre la plume et le pinceau. Venons-en à notre littérature marocaine, cette fois-ci. 

Pour des raisons « purement culturelles », le texte francophone a été le premier à se ressourcer des musées occidentaux, notamment français. Des auteurs comme Edmond Amrane Elmaleh, Tahar Ben Jelloun, Mohammed Loakira, Khatibi…étaient les pionniers à contracter le pacte avec les pinceaux de peintres et sculpteurs français et marocains. Plus tard, une autre génération d’auteurs suivra le même itinéraire et cette fois-ci sous l’étoile d’artistes anglais, américains et bien évidemment français. C’est le cas de Mahi Bine qui a puisé dans l’expérience de Francis Bacon. Curieusement, et en m’aventurant au cœur de la littérature marocaine d’expression arabe, je suis tombé sur une œuvre romanesque qui m’a vraiment surpris, vu la richesse iconique de sa fiction. Fatiha Morchid est l’auteur de plusieurs romans et recueils de poésie qui puisent dans les chefs d’œuvres occidentaux, ainsi que dans une riche filmographie. Afin de contourner les questions de la création littéraire que pose cette auteure, nous essaierons, dans un premier temps, de voir comment évoluent les personnages entre les œuvres de Rodin, Rembrandt, Renoir, Michel-Ange…pour ensuite étudier, lors du deuxième point, l’effet de l’art sur la fiction.

I.Quand le destin est inscrit dans un tableau ou une sculpture:

L’on pourrait comprendre la couleur à venir des récits de Fatiha Morchid rien qu’aux citations ou intertextes, nombreux certes, qui jalonnent les seuils de ses romans. C’est le cas, par exemple, du roman : Les Jumeaux

Dès la première page, le narrateur avoue qu’il se fortifie dans son amour pour le cinéma afin de fuir le réel. La quête d’un contenant sécurisant justifie son point de vue, étant lui-même un cinéaste qui préfère les images de la vie à la vie. La réalité de tous les jours est sordide, autant chercher son double, ou plutôt son jumeau qui soit euphémique et euphémisant. Le cinéma offre au personnage cette possibilité de sublimer son existence, voire de « la poétiser » comme le pense Nietzsche. Ainsi, la quête quotidienne des images serait cet itinéraire rêvé qui mènerait les personnages de Fatiha Morchid vers le monde de l’Unité. Une telle hypothèse présupposerait donc qu’à l’origine, ces êtres sont nés séparés de leur autre moitié. Partant, la vie sur terre devrait servir à cela : retrouver cette moitié perdue dans l’Amour qui s’impose comme l’ultime voie vers la totalité. Et sachant que le véritable amour est celui qui ne se réalise que trop péniblement ou, souvent jamais, ces martyrs de la passion recourent à des doubles esthétiques qui atténuent la douleur de la Chute. Serait-ce la raison qui explique le recours de plusieurs personnages de Fatiha Morchid à l’écriture, à la peinture, au cinéma ?

Quoique placée au deuxième degré, l’histoire du fameux galeriste, Maurice Cohen, est à notre humble avis la quintessence de la pensée intérieure des personnages de Morchid, et nous préférons commencer par cette histoire qui accompagne celle de Mourad et les autres.

En effet, Maurice Cohen est un juif marocain qui possède une galerie de curiosité. Contrairement aux apparences, Maurice est possédé par les personnages et les objets qui peuplent son sanctuaire. Lorsqu’il en parle, c’est surtout avec émotion et amour. Loin des déterminismes qu’inspire la psychanalyse freudienne, nous nous éloignerons de la notion du fétichisme pour saisir la portée esthétique et esthétisante des objets artistiques qui émerveillent Maurice Cohen. L’exemple frappant est, certes, la Vénus de Milo, qui est désignée comme la nouvelle bien aimée du galeriste, comme si à chaque fois, il lui fallait une bien aimée pour lui tenir compagnie dans sa solitude. La condition sine qua none de cette relation demeure relative à la forme de la Femme éternelle : elle doit être de pierre, c’est-à-dire une sculpture même anonyme. Peut-être est-ce là le secret ?

Comment ne pas penser au mythe de Pygmalion ? Et la citation de Michel-Ange, page 66, vient à temps pour répondre à nos attentes, je cite le grand artiste : « chaque pierre est le projet d’un chef d’œuvre »

C’est le propre de la vision de Fatiha Morchid : ressusciter la vie, faire renaître la flamme éteinte ou, pour rester dans la mythologie chère à notre écrivaine : ce serait l’histoire du Phénix qui renaît de ses cendres.

En quoi l’histoire de la galerie de Maurice est-elle importante pour nos hypothèses, concernant la relecture de cette œuvre à travers les tableaux et les sculptures ?

Tout d’abord, ce lieu devenu métaphoriquement un espace religieux, est aussi le refuge du « héros » du roman : Mourad, qui avoue qu’à chaque fois qu’il veut se protéger contre la dureté et la médiocrité de la vie, il se dirige vers la galerie. Il écoute les récits élogieux de Maurice concernant des chefs d’œuvres inconnus pour la plupart de la foule.

Mourad perd son frère jumeau, lors d’un accident terrible. Depuis, sa quête est orientée vers des retrouvailles au jour le jour de sa moitié. Le destin veut que le héros du roman, Les Jumeaux, tombe amoureux de Nour, la sœur de sa femme. Nous ne pouvons ignorer la signification du prénom : Nour, qui veut dire en arabe la lumière. Cette passion qui évolue dans un espace cinématographique, donc dans un lieu d’ombre et de lumières, commence avant le mariage de Mourad et Nadia et continue après la mort de cette dernière, ravagée par une cirrhose de foie. La passion triomphe du mariage.

Le thème du double structure l’œuvre de Fatiha Morchid. A chaque espace, à chaque temps comme à chaque être ou événement, correspond un double, souvent meilleur que l’originel. La gémellité enveloppe cet univers de fortes sensations ; c’est le cas du roman en question, comme aussi Des Instants et rien d’autre et Les griffes du plaisir.

Effectivement, Des Instants et rien d’autre, est le récit d’un poète qui tombe amoureux de son médecin-psychiatre. Loin de retranscrire le schéma traditionnel de ce genre de relation, Fatiha Morchid baigne ses personnages dans une aura esthétique qui les soustrait au méli-mélo du quotidien, grâce au concours de la poésie et de la sculpture. L’écho des poèmes du protagoniste semble atterrir là où la psychiatre n’avait jamais pensé : le fond de son âme blessée, suite à un mariage qui n’a pas marché puisqu’il avait réuni deux personnages appartenant à la même sphère : la médecine. Il n y a pas que le Sermon d’Hippocrate pour guérir ; il y a aussi celui des poètes qui savent venir en aide à des êtres souffrant d’insuffisance sentimentale. Et voici notre médecin qui renaît de ses cendres, puisqu’elle était comme une pierre, sous le joug du mariage. La musique des mots du poète fait jaillir une eau souterraine, jamais découverte jusqu’ici, malgré tant d’années de vie conjugale avec un grand chirurgien en cardiologie. Seuls donc les poètes et les sculpteurs possèdent ce pouvoir magique de transformer la pierre en beauté. Comment ne pas penser au phénomène de la cristallisation, savamment expliqué par Stendhal dans De L’Amour ?

Fatiha Morchid oppose deux univers parallèles mais qui se recoupent vers la fin : la vie et l’art. Le poète qui excelle dans la création éprouve, cependant, le désir de devenir sculpteur tout en regrettant de ne pas l’avoir été auparavant. Car il sent que la beauté est éphémère et que seul un art comme la sculpture pouvait arrêter son élan, ne serait-ce que pour quelques instants et rien d’autre. C’est la même raison qui fait que Mourad, dans Le Jumeau, offre à Nour, lorsqu’ils étaient en voyage à Florence, une statue d’Amour et de Psyché. Encore une fois, le mythe de la passion s’impose comme l’antichambre de l’amour dans la vie de tous les jours. Soulignons qu’il a fallu voyager à Florence, ville justement de la Renaissance européenne, pour assister à une autre renaissance cette fois-ci, celle de l’amour et à la naissance d’un rêve : devenir des parents pour les futurs jumeaux, même si Nour est enceinte de son mari dont elle a divorcé. La véritable union serait-elle donc païenne, placée sous le signe de Vénus ? La passion n’évolue-t-elle que dans le monde des reflets ?

Voici un autre peintre, dans Les Griffes du plaisir, qui ressuscite l’image d’une femme adorée grâce à des tableaux qu’il compose quotidiennement dans un bar. Perdre l’objet de l’amour conduirait inlassablement Driss, le peintre, à chercher son double dans l’univers des ombres. Balkis était une femme irakienne qui a fui le régime de Saddam Hussein avec son mari et ses enfants. Grâce à une initiation en peinture, Driss a conquis le cœur de Balkis. C’était le début d’une belle histoire d’amour, belle justement parce qu’elle n’a eu de lendemains que sur des toiles. Après le retour de Balkis et sa famille en Irak, Driss observe un rituel quasi-religieux : chaque soir, au fond d’un bar populaire de Casablanca, le peintre « rencontre » sa bien-aimée sur une feuille blanche, la dessine et rentre chez lui en laissant les portraits au bar. La splendeur de l’histoire de la reine de Saba s’ajoute à la profondeur de la mythologie babylonienne pour faire de Driss un adorateur d’une idole, en terre de monothéisme.

La peinture continue à décorer la vie des amoureux ou ceux qui recourent à l’art comme catalyseur du désir. Le roman : Les Muses est un récit qui met côte à côte l’érotisme et l’écriture. Le protagoniste a besoin de l’acte sexuel pour assurer l’acte d’écrire. Ne serait-il pas utile de rapprocher phonétiquement ; érection et création ? Mais voici une expérience, dans le même roman, qui se présente comme un reflet au féminin de la quête des muses chez le personnage-écrivain. Ce dernier rencontre en Allemagne une femme peintre, Regina, qui l’a invité dans son atelier. Après l’acte érotique, Regina attaque une toile vierge et en fait un tableau. Et comme dans une danse mystique, Regina et Driss mêlent leurs corps, teintés de couleurs différentes, sur une toile-lit. Les ébats amoureux des corps créent le rythme du tableau, lui donnent une chair et le sauve de l’abstraction. Désormais, la lutte est déclarée entre la fugacité de l’acte érotique, foncièrement lié à la mort, et le besoin d’éterniser l’instant. Le souvenir de la nouvelle d’Edgar Allan Poe, Le Portrait ovale, est justement cité, à cet endroit de l’histoire, comme pour rappeler que l’objet peint est souvent plus vivant que le modèle. On dirait que ce dernier offrait son âme au diable pour le désir de l’éternité. En contemplant les tableaux sur lesquels traînent les traces des corps des autres hommes fréquentés par Regina, Driss prend conscience de la beauté de son corps en mouvement. Et c’est à ce moment du récit que le lecteur compare les deux expériences des deux personnages : Regina peint les corps des hommes sur des toiles au moment où Driss écrit les corps des femmes sur du papier. Dans les deux cas, la femme- peintre et l’homme-écrivain sont obligés de traverser le corps en ébullition , histoire de dire que ce même corps est éternellement vierge , tout comme la blancheur de la page et de la toile.

Décidément, la véritable passion ne se vit que dans la pénombre. Les personnages de Fatiha Morchid, dans les romans cités ci-dessus, lâchent la proie pour l’ombre. Le reflet de l’être l’emporte sur l’être lui-même car le réel est jugé sans profondeur ni consistance. Il y a toujours ce besoin de recourir à l’image afin de combler une absence causée par la perte de l’être aimé. Et c’est à cet instant que se présente Auguste Rodin comme le sauveur des âmes en détresse.

II : L’œuvre de Rodin, mode d’emploi :

En plus de la subtilité avec laquelle Fatiha Morchid orchestre êtres et choses, nous ajouterons cette richesse au niveau des intertextes qui balisent la traversée du lecteur. Les citations foisonnent tout au long des pages pour cadrer les actions des personnages. Poètes, peintres, musiciens, cinéastes et autres figures de la mimésis accompagnent par leurs paroles les actes de la vie quotidienne. Il est vrai que pour lire l’œuvre de Morchid, nous avons besoin de lire des romans, de regarder des films et des tableaux, d’écouter de la musique ; c’est une mosaïque qui fait voyager le lecteur dans des dimensions spatio-temporelles variées.

L’exemple des Instants et rien d’autre est significatif à cet égard, en ce sens que nous avons besoin de visiter, ne serait-ce que virtuellement, le Musée de Rodin.

Guidée par un attrait équivoque exercé par ce « beau parleur », la psychiatre emprunte le parcours de son « patient », le poète, et se promène dans le jardin du Musée de Rodin. Bien évidemment, l’histoire de Camille Claudel et de l’artiste sert de toile de fond à l’histoire du poète et de son médecin. Il ne s’agira pas de sombrer dans la folie mais le drame est annoncé. La mise en abyme est pratiquée d’une manière fine de telle sorte que le lecteur averti est préparé au devenir des personnages.

Que cherche cette femme psychiatre au Musée ?

Certes, elle y est initiée par l’histoire racontée par le poète, notamment sa relation avec Marie, la peintre lesbienne. S’agit-il d’un hasard si le médecin se souvient de l’histoire de Marie lorsqu’elle est à Paris pour « redevenir femme », c’est-à-dire pour reconstituer ses deux seins, après l’ablation suite au cancer ? N’est-elle pas en train de venger son futur amant et mari, et par conséquent tous les hommes qui auraient essuyé le refus de la part de ces femmes qui contredisent la nature ? Arriverait-elle à réussir à prolonger la séduction, en dépit de sa féminité peu ou prou « artificielle » ?

Le Musée de Rodin est donc un autre lieu d’initiation à l’amour, qui rappelle à bien des égards le roman de Jacques Laurent, Les Dimanches de Mademoiselle de Beaumont, sans oublier bien sûr le roman de Mohammed Berrada : Lumière fuyante. La différence est certes de taille puisque Fatiha Morchid fait du musée de Rodin un lieu de pèlerinage initiatique qui la guidera vers l’homme de sa vie, donc vers cette unité mystique qu’elle vivra même après la mort du poète. Mohammed Berrada et Jacques Laurent, quant à eux, partent de l’art de Rodin pour atterrir sur un lit.

En se promenant au cœur du Musée, la narratrice des Instants et rien d’autre ne sombre pas dans l’érotisme, comme le fait Laurent et Berrada ; elle lit les œuvres de Rodin et nous livre des sensations fortes qui naissent d’une exceptionnelle sensibilité face au Beau. Le sculpteur semble avoir travaillé, d’ailleurs comme tous les grands artistes cités dans ce roman, pour le passé, le présent et le futur, donc pour l’éternité. Lorsque la matière, en l’occurrence le bronze, se charge de traduire les émotions, le résultat est plus que surprenant : il est foudroyant. Rodin invite le visiteur à entrer en communion avec les personnages sculptés et à vivre leur histoire. Encore une fois, nous voici, à travers le regard du psychiatre au cœur de l’histoire personnelle de Rodin et de Camille Claudel pour arriver, à la fin et grâce à un effet de miroir, à l’histoire de la narratrice et du poète.

Le sculpteur offre à l’humanité des gestes, d’apparence quotidienne, mais une fois rehaussés sur le piédestal de la création, ces mêmes gestes deviennent symboliques. Lisons cette phrase de la narratrice : « En te promenant parmi ces statues, tu as l’impression de te promener entre ton désespoir, ta fatigue, ta douleur, tes souffrances …et, enfin, te voici devant Le Penseur, pour méditer sur cette chose en éternelle gestation qu’on appelle la vie », p :58

Tel un Dieu tout puissant, Rodin manie sa main avec aisance et doigté pour créer des situations de l’Homme aux prises avec le destin, son destin à lui comme celui de tout être humain. Les statues qui reposent au Musée semblent attendre la touche finale de celui qui regarde, puisque la narratrice nous apprend que certains corps sculptés étaient sans tête. C’est au visiteur de mettre la sienne ou celle de quelqu’un d’autre qui répondrait au thème de l’œuvre. Dorénavant, l’œuvre d’art est une forme vide, prête à recevoir un contenu propre au lecteur. N’est-ce pas là le propre de tout texte littéraire ou de toute création qui aspire à l’universalité ?

Aux yeux de la narratrice, Auguste Rodin est, en effet, « auguste » parce qu’il synthétise la destinée humaine dans ses moindres détails. C’est à partir de la pierre ou du bronze que découle la signification des actes de la vie. Et nombreuses sont les statuettes, anonymes pour la plupart, offertes ou tout simplement contemplées et qui concentrent la beauté de l’instant. A titre d’exemple, dans Le Jumeau, Mourad offre une petite statue représentant Amour et Psyché. Le narrateur profite de l’occasion pour raconter à Nour l’histoire des deux personnages, symboles de l’amour et de la séduction. Mourad offre à sa bien-aimée l’histoire d’un baiser qui va aider Psyché à renaître. Mais qu’en est-il de son baiser à lui, un baiser qui n’aura jamais lieu entre les deux personnages ? Saura-il la ressusciter uniquement grâce à un baiser emprunté à la mythologie ?

A son tour, l’écriture a besoin de ce baiser pour renaître de sa léthargie. L’écrivaine procède à un pèlerinage artistique dans les musées et les salons de cinéma pour, justement, donner consistance à une création en quête d’une essence universelle. Fatiha Morchid mêle des imaginaires de tous les horizons et réussit une écriture où l’iconicité est de rigueur. Que ce soit dans Les Griffes du plaisir, Le Jumeau, Le droit de partir, Les Muses, ou Des Instants et rien d’autre, la littérature ne peut se concevoir sans l’inspiration des tableaux de peintures, de sculpture ou de cinéma. Que signifierait la présence du tableau de Rembrandt : L’Enfant à la bulle de savon, dans Les Jumeaux ? Certes, le narrateur parle du rapport équivoque entre l’être humain et les objets qui l’entourent ; mais il serait possible d’y voir aussi l’aspect chimérique de la vie et, par conséquent, de l’écriture aussi.

Fatiha Morchid recourt à Rodin, comme à d’autres artistes, car elle est consciente des limites de l’écriture qui ne se ressource pas des autres formes de la Mimésis. Tout comme ses personnages, l’écrivaine a besoin de la main de Rodin pour façonner les destins de ses créatures ; elle a besoin de gestes gravés sur des pierres ou en bronze pour accompagner les périples de la vie. L’écriture palimpseste est salvatrice en ce sens qu’elle place la destinée des personnages au cœur de celle de l’humanité. A la manière de Rodin, Fatiha Morchid travaille sur un objet solide : la vie, et nous présente des êtres de papier qui éternisent l’amour, le désir, la création…Mais à les voir de près, ces êtres de papier ont la force du bronze.

Et le lecteur se promène dans le musée narratif en contemplant les statues que la main de Fatiha Morchid a immortalisées pour l’éternité. Les voici debout ou assises, couchées ou agonisantes, pleurant leur sort ou plongeant dans leur rire homérique. Les personnages romanesques de notre écrivaine ressemblent à ceux de Rodin, de Michel-Ange, de Cézanne, de Picasso, de Fellini… Ils sont l’image de l’image et c’est pour cette raison qu’ils ont atteint une éternité pour des instants uniquement.

Quoi de plus beau, de plus inattendu que lorsque l’héroïne du Jumeau arrive devant La Porte de l’enfer de Rodin, mais se précipite déjà dans un paradis avec son poète ? Est-ce une désobéissance à Rodin ou une revanche de la statue représentant Amour et Psyché ?

Bibliographie :

- « Des Instants et rien d’autre », Fatiha Morchid, Arabe Cultural Center, Casablanca/ Beyrouth 2007.

- « Les Griffes du plaisir », Fatiha Morchid, Arabe Cultural Center, Casablanca/ Beyrouth 2009.

- « Les Muses », Fatiha Morchid, Arabe Cultural Center, Casablanca/ Beyrouth 2011.

- « Le Droit de partir », Fatiha Morchid, Arabe Cultural Center, Casablanca/ Beyrouth 2013.

- « Les Jumeaux », Fatiha Morchid, Book Cultural Center, Casablanca/ Beyrouth 2016.

Communication présenté lors du colloque international

Faculté polydisciplinaire, Safi le 18 et 19 Avril 2017,

« L’écrivain-artiste, L’artiste-écrivain ou du texte-image à l’hypertexte ».

 

Communication présenté lors du colloque international

Faculté polydisciplinaire, Safi le 18 et 19 Avril 2017,

« L’écrivain-artiste, L’artiste-écrivain ou du texte-image à l’hypertexte ».