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23 - تشرين2 - 2017


Youssef Abouali

Je sais tout le risque que je prends en m’attaquant à une question aussi délicate que la profondeur, surtout dans une œuvre où le seul personnage qui en parle ne laisse pas l’ombre d’un doute sur l’ambiguïté de la notion, ou pis encore, son caractère insaisissable. Cette question est d’autant plus importante dans toute création artistique qu’elle peut produire une véritable inhibition, une inhibition similaire à celle qui résulte de la fixation sur l’atteinte de la perfection. Elle est importante également parce qu’elle constitue une réelle force d’attraction qui mène l’artiste à donner le meilleur de lui-même, à puiser en son fin fond, à s’imposer une exigence de qualité surhumaine… Elle est enfin très importante en raison de son dépassement des apparences et des illusions. L’artiste est ainsi celui qui dépasse la surface et nous invite à pénétrer les êtres, les mots et les choses. Je me propose donc de montrer comment Fatiha Morchid dépasse dans son roman intitulé Les Griffes du plaisir les apparences trompeuses du familier, du commun, du socialement correct pour sonder les mystères du corps, de l’esprit et de l’âme. Un dépassement que l’on pourrait étudier à travers trois axes : la construction narrative, la mise en perspective et l’ouverture de l’œuvre.

La construction narrative

L’histoire qui nous est racontée dans ce roman donne l’illusion d’une certaine linéarité. On suit un fragment de la vie d’Amine, héros qui prend également en charge la narration. C’est une histoire qui annonce la couleur depuis le début en nous entraînant in medias res dans l’univers gris du chômage. Un phénomène social qui ne se limite pas seulement à une absence de travail, mais aboutit à une panne d’amour et de vie, comme le dit bien la première phrase du roman. Première phrase qui ouvert l’histoire sur un très grand nombre de possibles narratifs. L’avancement de la narration limite cependant cette profusion vertigineuse tout en suivant cette progression s’élargissant petit à petit de la recherche acharnée du travail à celle de l’amour pour arriver à une quête du sens de la vie. Ainsi, nous avons affaire à des histoires qui s’imbriquent et s’interpénètrent, commençant par celle du personnage principal qui traverse le roman de bout en bout et intégrant au fur et à mesure celle de ses amis Aziz, Rachid et Mostapha. Les quatre amis partagent la même caractéristique, leur jeune âge. Mis à part Rachid, ils souffrent du chômage qui les pousse sur des sentiers forts différents. La seconde thématique du roman, l’amour, permet l’ouverture sur d’autres personnages, principalement féminins. Ainsi, Aziz découvre au héros sa relation avec une riche casablancaise, plus âgée que lui et qui l’entretient contre des services qu’il lui offre et qui sont principalement charnels. Il l’invite à faire de même pour sortir de la grisaille dans laquelle il croupit. Après un refus catégorique de basculer dans la prostitution, le héros se trouve embarqué dans une relation pour le moins originale avec l’amie de la maîtresse d’Aziz, Basma. Mais ses scrupules ne le laissent pas en paix et il découvre entre temps l’histoire d’amour qui lit son ami Mostapha à sa sœur Fatima, une histoire orthodoxe et socialement correcte et celle plus ravageuse encore qui lit Maître Idriss à une irakienne que ce dernier se plaît à appeler Belkiss. L’intégration progressive de ces relations dans le sillage de celle qui constitue l’ossature du roman participe de cette volonté ostensible de montrer toute la complexité du sentiment amoureux dans ses rapports dialectiques à la fonction qu’on exerce ou qu’on n’exerce pas et aussi à la vie qu’on est obligé de vivre. Ainsi, l’amour est donné à voir dans ses différentes facettes, en passant par sa dimension purement physique à laquelle semble se réduire au début la relation entre Aziz et Leila, autour de laquelle gravite les rapports qu’il entretient avec ses autres clientes et aussi avec Mimi la serveuse, vers sa conception comme ascenseur social pour Rachid, puis comme sentiment platonique pour le héros et Basma, puis comme condition nécessaire pour s’engager pour Mostapha et Fatima et enfin comme un idéal esthétique, une sorte de sentiment indispensable à la création artistique pour Maître Idriss. Les histoires d’amour des personnages dans le roman sont donc autant de miroirs qui focalisent l’attention sur une particularité ou une nature de cette passion-acte. La multiplication des exemples est une manière de faire le tour de la question, de freiner toute tendance à la stéréotypie, c’est surtout une façon de donner de la profondeur à l’histoire principale du roman à travers ces prolongements qui suscitent l’admiration, la répugnance, le respect, l’incompréhension, l’attendrissement, la colère, la nuance… la question maintenant est de savoir comment tout cela est mis en perspective afin non seulement de dépasser la platitude de l’apparence mais surtout de représenter une réalité multidimensionnelle, savoir la vie.   

La mise en perspective

L’apparence règne en maîtresse incontestée dans notre monde actuel. La société de consommation a réduit la réussite à la quantité d’argent et des manifestations de la fortune que l’on peut amasser et que l’on devrait exhiber comme autant de trophées. La soumission à sa dictature vide l’être humain de son essence et le transforme en une marchandise à la merci de la loi de l’offre et de la demande. C’est dans ce sens qu’Aziz se vend contre quelques billets de banque et quelques cadeaux. C’est dans cette même logique que le héros principal s’inscrit dans la formation pré-embauche que lui conseille vivement son ami Rachid. En continuité de ce que celui-ci entame, le formateur insiste sur la nécessité de savoir « se vendre » en soignant au maximum son aspect extérieur et en préparant au millimètre près son entretien d’embauche, c'est-à-dire en apportant aux questions de l’employeur exactement les réponses qu’il attend, autrement dit en jouant le plus sincèrement du monde le jeu des illusions.

Face à cette culture en plein essor qui arrête tout élan qui tente d’aller plus loin que ce qui apparaît immédiatement à l’œil de l’observateur non aguerri, nous trouvons dans l’œuvre plusieurs voix qui s’insurgent, chacune à sa façon. Trois sont particulièrement remarquables, celles de Mostapha, Maître Idriss et Basma. Le premier est un doctorant en philosophie, un intellectuel sans illusions sur ce qu’il vit et sur tout ce qui l’entoure. Il ne manque pas de se prononcer sur la formation dont le héros a bénéficiée en qualifiant Rachid et ses semblables de « nouveaux loups » nécessaires au monde. Un sujet qu’il expédie rapidement pour insister sur le rôle indispensable des intellectuels, de la pâte du héros notamment. Ce personnage qui est sur le point de soutenir une thèse de doctorat sur « le concept de la morale chez Spinoza » et qui supplée à son chômage temporaire par un travail comme chauffeur de taxi, joue le rôle de mentor du héros : il l’amène à reconsidérer les priorités de son existence, de voir plus clair dans le chaos qu’a engendré son chômage prolongé et de sortir de son apathie. Il l’inscrit en doctorat presque sans que ce dernier ne se rende compte et le met donc sur la voie qui lui sied le mieux, la recherche scientifique. Il lui donne à voir aussi un exemple vivant de résistance aux aléas d’un vécu difficile, pour ne pas dire absurde, une vision désillusionné, pénétrante et pragmatique de la vie et de l’amour (j’utilise ce terme dans le sens d’une visibilité on ne peut plus claire sur le chemin à suivre et les objectifs à atteindre).

Basma joue le rôle de l’initiatrice en matière de passion amoureuse. Elle constitue un approfondissement de sa relation presque entièrement imaginaire avec son premier amour Ahlam. Tout en refusant de s’investir avec lui dans une relation physique, elle lui apprend que l’essentiel en matière d’amour, ce n’est ni l’acte en lui-même, ni même la jouissance, mais tout ce qu’il y a autour, ces rituels à la limite du religieux qui embrassent par l’avant et l’après cette communion des âmes, des esprits et des corps, cet inachèvement qui promet la continuité de l’ardeur du sentiment, ce partage des petits secrets, des déceptions, des larmes ou même des instants de silence tellement chargés de sens. Elle lui apprend que quand on aime, on s’abstient, et on donne plus beau que ce qu’on a jamais espéré de nous. Avec cette femme, le héros a acquis malgré lui une maturité amoureuse, une connaissance de ce qu’est aimer au sens plein et fort du terme.   

Mais celui qui lui offre la profondeur dont son abord de la vie a besoin est certainement Maître Idriss. Comme il l’avoue lui-même à la page 221, ce mentor a une grande expérience de la vie. Il a vécu une histoire d’amour déchirante qui l’a mené aux frontières de la folie. C’est un peintre qui ne sait approcher la femme que sous l’expression de la générosité qui frôle la dilapidation. Il divinise la femme qu’il aime et se donne entièrement quand il est sous les feus de la passion. C’est ce qui explique sa manie de dessiner chaque soir le même portait de sa bien aimée qui se trouve désormais en Irak et dont il entretient la mémoire de la sorte dans son esseulement effroyable. C’est une relation qui fait écho à celle que vit le héros et lui donne un prolongement potentiel qu’elle connaîtra ultérieurement puisque les deux amants souffrent les mêmes contraintes que le peintre et son amante, l’impossibilité et l’éloignement.

L’œuvre ouverte

Mais ce qui est intéressant dans ce jeu de miroirs que l’auteure met en place, c’est la contribution du peintre à la sublimation de la relation amoureuse que vit le héros. Ce dernier le souligne à la page 109 en disant : « j’envie la capacité des créateurs à transformer la douleur en une force créatrice. » Cet aveu ne peut se lire que dans sa relation dialectique avec la toile du maître qui l’a complètement bouleversé. La toile représente un mur gris transpercé par un rayon lumineux qui éclaire une chaise vide. Le héros commente : « quelque chose me ressemble en elle (la toile). On dirait que c’est mon image reflétée par le miroir de la peinture. » On assiste ici à une démonstration de la puissance de condensation expressive de l’art pictural. Toute l’histoire d’Amine est concentrée dans ce tableau dont la description ne dépasse pas trois lignes. Les couleurs blanche et grise sont largement suffisantes pour exprimer au plus haut point la situation actuelle et les espérances les plus chères au cœur du héros. Le mur gris est le symbole, semble-t-il, de l’impasse qu’il vit, le faisceau lumineux représente la lueur d’espoir qui pointe à l’horizon incertain et qui le maintient en survie et la chaise fait référence au poste qu’il aimerait décrocher.

L’histoire d’amour que vit le héros est enrichie elle aussi par la correspondance avec celle que vit le peinte avec Belkiss, nom d’emprunt qui fait sens doublement, par sa référence à la reine de Saba et son histoire pour le moins originale avec le roi-prophète Salomon et avec celle que le grand poète Nizar Kabbani a immortalisée dans son poème éponyme. Le mythe consolidé davantage par le nom d’une divinité sumérienne que Belkiss octroie à son amant peintre, Damo en l’occurrence, et le poème Kabbanien qui regorge de références mythologiques donnent une dimension a-historique à l’amour qui anime le héros et le hissent au rang de ces histoires sublimes sans lieu ni temps. Ces correspondances invitent à ouvrir la lecture et l’interprétation de la relation d’Amine et Basma sur un fond sans fond.

Le peintre ouvre davantage les perspectives en se présentant en tant que conteur. Il raconte plusieurs histoires avec beaucoup de professionnalisme. On est même étonné de le voir manier le verbe avec autant de talent que le pinceau. Cependant une seule de ses histoires nous intéresse ici, c’est celle où il raconte le destin tragique d’une autre femme peintre. Cette histoire sous forme de conte n’a d’autre objectif que de critiquer sur un ton virulent la recherche de la profondeur, une profondeur qui n’existe peut-être pas. Du moins, elle ne fait qu’envoyer la malheureuse artiste au fond du vide dans un suicide spectaculaire. Le virus de cette recherche est introduit par un critique d’art pédant et sans goût, ce qui remet en cause l’idée reçue du récepteur élu et rappelle la finalité de l’art, savoir la création et le partage du Beau.

D’autres genres viennent ouvrirent encore plus le roman de Fatiha Morchid, l’intégration de la musique à titre d’exemple. La visée est désormais bien claire, il s’agit de donner naissance à une œuvre similaire à la vie dans ses simulacres et son essence. Ainsi, la vision unilatérale du phénomène du chômage est bannie et des personnages au regard éduqué et aiguisé par la connaissance et la vie sont là pour nous pousser à dépasser tout penchant simplificateur, toute tendance réductrice de la complexité et de la richesse inouïes du réel. C’est dans cette perspective que le roman introduit le peintre et convie la peinture en hôtes distingués et susceptibles de participer à cette recherche de la profondeur.

Travail présenté dans le cadre de la Rencontre Internationale de l’Art Plastique de Marrakech en décembre 2011

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